Les blocs en matériaux recyclés, je n’y croyais pas : mon essai sur le muret du jardin

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Mur de jardin en blocs recyclés, essai réaliste sur matériaux écologiques et durables

Le bloc a glissé entre mes doigts, plus léger qu’un parpaing, et la poussière grise m’a collé aux paumes devant le tas posé près du garage. Ce samedi matin, j’ai attaqué le muret du jardin avec des blocs pris chez Emmaüs Angers, persuadé d’enchaîner la première rangée avant midi. Moi qui retape ma maison et mon jardin en autodidacte, j’ai vite compris que les joints n’allaient pas tomber pile. J’avais déjà comparé ce type de pose avec ce que je voyais chez Leroy Merlin et Point.P, puis relu des notices Weber. Les arêtes étaient irrégulières, et j’ai dû tricher dès le départ.

Je ne suis pas pro, juste un bricoleur avec un budget serré et un jardin à clôturer

Je ne suis pas pro, juste un bricoleur qui compte ses soirées. À la maison, entre mes deux adolescents et les pièces à finir, je découpe le chantier en tranches de 2 heures. Ce muret devait fermer un angle du potager, sans me coûter une semaine entière. J’avais aussi un budget maigre, alors j’ai laissé tomber les solutions trop chères.

Les blocs m’ont tenté à 3 euros pièce. Je les avais repérés dans les ressourceries et recycleries locales, puis à la déchèterie, avec cette idée de deuxième vie qui me plaît depuis longtemps. En quinze ans à retaper ma maison, j’ai appris à regarder les matériaux avant l’étiquette. Entre les rayons de Leroy Merlin, les conseils d’un vendeur chez Point.P et mes essais sur d’autres chantiers, j’ai appris à repérer les blocs qui se laissent travailler. Pour un petit ouvrage bas, léger et non porteur, j’aimais aussi l’idée de porter moins de poids à la main.

J’ai hésité longtemps entre ces blocs recyclés et des blocs classiques. Ce que j’avais lu me parlait d’une pose simple, avec un rendu qui ne demandait pas la ligne parfaite. J’ai pris ça au pied de la lettre. Je pensais que ça me laisserait un muret propre sans grande gymnastique, et j’ai vite vu que simple ne voulait pas dire sans rattrapage.

Le chantier a commencé, et très vite j’ai senti que ça n’allait pas être simple

Quand j’ai pris le premier bloc, sa surface granuleuse m’a surpris. Il était léger dans la main, mais la coupe sonnait creux et faisait un petit crissement de sable sous la meuleuse. Au bout de 12 minutes, la lame avait déjà laissé des arêtes qui s’effritaient. Les petits agrégats partaient avec le disque au lieu de casser net, et j’ai dû tenir l’outil presque à plat pour ne pas arracher un coin.

La première rangée m’a donné du fil à retordre. Le lit de pose n’était pas assez réglé, et un rang a commencé à danser à l’œil nu. J’ai repris le niveau avec une règle de 2 mètres, puis j’ai calé chaque bloc au maillet en vérifiant l’aplomb après chaque pose. Mon dos a tiré très vite, surtout quand je me suis penché dix fois pour reprendre le joint et contrôler l’alignement. Cette vérification bloc par bloc m’a évité de sauver le muret à la fin.

Le vrai déclic est venu après la première grosse pluie. La base du muret est restée sombre longtemps, comme si elle n’avait jamais séché. Le lendemain, j’ai vu des taches plus foncées à la base, puis un voile blanc. Le salpêtre est apparu en liseré blanc à la jonction des joints et du bloc, et les premières efflorescences ont pris la forme de petites plaques légères.

J’avais aussi empilé une partie des blocs à même le sol, près de la bâche, en me disant que ça tiendrait bien une semaine. Mauvaise idée. Ils ont pris l’humidité, sont devenus plus lourds, et la coupe s’est encore salie. J’ai corrigé en ajoutant un chaperon en béton, qui m’a coûté 47 euros, puis un drainage derrière le muret avec du gravier. J’ai aussi fait mes comptes, parce que le budget restait mon vrai garde-fou sur ce chantier : 21 euros de blocs chez Emmaüs Angers, 47 euros de chaperon en béton, et une quinzaine d’euros de gravier de drainage. À la main, ça m’a pris trois demi-journées étalées sur deux week-ends, avec une pause forcée le dimanche où la pluie a tout trempé. J’ai même pesé un bloc sec à 9 kg, contre près de 13 kg pour un parpaing classique, et mes épaules ont senti la différence dès le deuxième rang. Pour un muret de cette taille, je trouve l’addition honnête, surtout face au prix du neuf chez Point.P. J’ai aussi stocké le reste à l’abri, sur deux palettes, et j’ai vu la variation de teinte entre deux lots dès que j’ai repris la pose.

Le moment où j’ai accepté l’imperfection et changé ma façon de voir le projet

Un dimanche pluvieux, en regardant mon muret un peu bancal, j’ai compris qu’il ne serait jamais parfait, et que c’était justement ça qui lui donnait du charme. Mon muret bancal sous la pluie m’a appris que la perfection n’est pas toujours nécessaire. J’ai arrêté de courir après des joints au cordeau. J’ai regardé la ligne irrégulière, la tôle grise du ciel, et j’ai lâché prise.

Ensuite, j’ai changé ma manière de poser. Je n’ai plus cherché à lisser les joints comme sur un mur neuf. J’ai gardé un enduit léger, juste assez pour casser l’aspect brut, et je l’ai laissé prendre sans le repasser trois fois. Après les variations de température, les microfissures se voyaient moins. Le bloc gardait sa peau, et ce rendu me parlait davantage que le faux uniforme.

Avec le recul, ce que je sais maintenant et ce que je referais ou pas

Avec le recul, ce qui m’avait échappé, c’est la porosité. Le bloc boit l’eau, puis il garde la trace. Quand le pied du muret est posé trop bas sans coupure avec le sol, la base reste humide très longtemps. J’ai aussi sous-estimé la fragilité à la coupe, surtout sur une pièce un peu friable. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’un simple arrosage laisse encore une zone sombre au toucher visuel le lendemain.

J’ai vu aussi mes erreurs de débutant. Un lit mal réglé m’a donné un faux aplomb dès le premier rang. Des joints trop riches en eau ont laissé une ligne creuse après séchage, puis de minuscules fissures en façade. Et quand j’ai oublié le chaperon au départ, l’eau est entrée par le dessus, puis j’ai retrouvé des éclats en tête. Sur ce type de petit muret, le drainage derrière n’est pas un détail de confort.

Pour quelqu’un qui accepte un muret bas, entre 50 cm et 1 m, et qui ne cherche pas une peau impeccable, ces blocs ont du sens. Le poids réduit aide vraiment quand on monte quelques rangs sur une demi-journée. J’ai moins cassé mes bras qu’avec des blocs classiques. En revanche, pour un ouvrage qui retient vraiment la terre, je m’arrête là et je laisse ça à un maçon.

Quinze ans à retaper ma maison et mon jardin m’ont appris que la bonne surprise et la mauvaise se côtoient sur un même chantier. Emmaüs Angers m’a donné un matériau honnête pour bricoler un petit muret, pas une promesse de mur sans défaut. Les blocs légers m’ont aidé à avancer vite, mais leur porosité, les efflorescences et la coupe fragile m’ont rappelé mes limites. Avec un chaperon, un vrai drainage et un peu de patience, je le referais pour le même usage, pas pour plus lourd.

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