Négligé de bâcher mon compost, les pluies d’ouest l’ont lessivé

·

·

Compost négligé partiellement lessivé par les pluies d'ouest dans un jardin ancien sous la pluie

Le couvercle a claqué contre le bac à compost, et l’eau brune a perlé au fond, sous le petit toit du fond du jardin. J’ai perdu 47 euros en broyat et en feuilles sèches en une semaine, quand j’ai compris que le tas avait pris la pluie d’ouest sans bâche. À la déchetterie de Beaucouzé, dans le Maine-et-Loire, j’avais encore rempli deux sacs le samedi précédent, et je suis rentré avec les bottes pleines de boue.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas

Le bac de 300 litres était placé sous un petit toit, au bout du potager, là où mes deux adolescents viennent par moments vider le seau des épluchures. Je mélangeais les restes de cuisine, les feuilles mortes et un peu de broyat, avec l’idée que le compost respirerait tout seul. Mon travail de Auteur éditorial indépendant ; rénove sa maison ancienne et son jardin en autodidacte m’avait pourtant appris à me méfier des montages trop simples. Là, j’étais sur de moi.

Je suis parti du principe que le petit toit suffisait. Pendant six jours, les pluies d’ouest ont tapé sans arrêt sur le jardin, et le sol était gorgé d’eau. Le dessous du bac baignait déjà dans une terre lourde, et j’ai laissé le compost à découvert avant cette période. Le couvercle fermait, mais les côtés restaient ouverts, et l’eau entrait par tous les angles.

Quand j’ai soulevé le couvercle le lundi matin, j’ai vu une couche noire diluée, avec de l’eau qui perle à la surface. L’odeur m’a pris au nez tout de suite, fermenté, presque l’œuf tourné. Le jus brun foncé s’écoulait du fond du bac et salissait les pavés. Je me suis retrouvé devant une masse froide, lourde, et j’ai été frappé par ce poids anormal.

J’ai senti sous ma main que la matière collait, comme une pâte mal tournée. La pluie avait lessivé les fines noires, celles qui ressemblent déjà à de l’humus. Le tas manquait d’air, et l’anaérobiose avait pris place au milieu de ce qui devait mûrir tranquillement. J’ai compris trop tard que l’eau n’avait pas nourri le compost, elle l’avait rincé.

La semaine qui a suivi, entre frustration et dégâts visibles

La semaine suivante, le compost ne chauffait plus. Il restait froid, tassé, et la surface avait formé une croûte compacte à certains endroits, boueuse à d’autres. L’odeur de fermentation revenait à chaque ouverture du couvercle. Même après deux jours de vent, je retrouvais cette note de cave humide qui me coupait l’envie d’y toucher.

J’ai dû retourner ce bloc avec la fourche, centimètre par centimètre. Le tas était lourd et collant, et des épluchures restaient visibles en surface, comme si rien n’avait vraiment démarré. J’y ai laissé presque deux heures, alors qu’une demi-heure me suffisait d’habitude. Mes bottes glissaient, et j’ai fini avec les poignets raides.

J’ai estimé qu’un peu moins d’un tiers du volume était perdu. J’ai racheté pour 19 euros de broyat et 11 euros de feuilles sèches, juste pour remettre un peu d’équilibre. Le vrai prix, c’était le temps, et j’ai compté 4 allers-retours à la zone de stockage. À la fin, je regardais ce tas comme un mauvais chantier.

Le pire, c’était la croûte en surface, formée par la battance des pluies. L’eau ne pénétrait plus pareil, et dessous le compost restait mal mélangé, sec par endroits, détrempé ailleurs. J’avais un tas incohérent, bon à retravailler de fond en comble. Pas un compost, plutôt un bloc qui avait perdu sa logique.

Ce que j’aurais dû faire et ce que personne ne m’avait vraiment dit

J’aurais dû poser une bâche respirante dès les premiers nuages, même bancale, même mal tendue. Une protection partielle aurait gardé la chaleur au milieu du tas, au lieu de laisser la pluie d’ouest rincer la couche fine. J’ai été convaincu qu’un simple couvercle ferait le travail, et c’est là que j’ai payé mon excès de confiance.

  • laisser le compost à découvert avant une période humide
  • ajouter beaucoup de tontes fraîches juste avant la pluie
  • poser le bac directement sur une terre déjà gorgée d’eau
  • croire qu’une bâche complètement étanche vaut mieux qu’une protection ventilée

Les signaux étaient là avant la catastrophe. Le tas devenait lourd à la fourche, l’odeur changeait dès le premier quart d’heure, et le dessus prenait une peau noire collante. Dans un vieux numéro de Terre Vivante qui traînait sur l’établi, j’avais déjà vu cette idée de couverture et d’aération. Je l’avais lue, puis rangée dans un coin de tête.

Ce que je n’avais pas mesuré, c’est la vitesse à laquelle un compost bascule quand le fond reste mouillé plusieurs jours. Si le jus continue de sortir, je ne joue pas au malin avec une nouvelle couche de déchets. À ce stade, j’aurais préféré demander un coup de main à un service local de compostage plutôt que m’acharner. Le bac n’avait plus besoin de bravade, juste d’air.

Le bilan personnel, les regrets précis et ce que je ferai différemment

Le regret principal, c’est d’avoir laissé le bac nu alors que je voyais bien les nuages revenir. J’ai gâché plusieurs mois de déchets de cuisine, 47 euros de broyat et de feuilles sèches, et trois soirées à remuer de la soupe noire. En repassant devant la déchetterie de Beaucouzé, j’ai encore pensé à ce tas qui aurait pu tenir mieux.

Ce que je sais maintenant, c’est qu’une bâche respirante ou un couvercle partiel avec les côtés ventilés changeait tout. Avec une base drainante, le tas gardait sa chaleur, et les odeurs restaient moins dures. J’aurais aussi aimé garder plus de feuilles mortes sous la main, parce qu’un apport sec évite ce côté pâteux qui m’a poursuivi tout l’automne.

Mes deux adolescents ont fini par repérer l’odeur avant moi. Ils m’ont vu ouvrir le bac, grimacer, puis repartir chercher la fourche sans dire un mot. Quand la pluie s’installe trois jours de suite, ils me demandent maintenant si le compost tient encore. Ça m’a fait sourire, mais j’aurais aimé leur montrer un tas net au lieu de cette boue sombre.

J’ai aussi tenté de rattraper le coup avec trop de broyat, et là j’ai fait une autre erreur. La masse a cessé de bouger pendant 12 jours, comme si je l’avais figée au lieu de la relancer. Depuis, je sais qu’un excès de bois sec peut ralentir tout autant qu’une pluie trop forte. Pour quelqu’un qui accepte de perdre un peu de place et de bricoler une protection simple, j’aurais gagné du temps en le comprenant avant.

Quand le fond du bac restait trop humide et que l’odeur revenait, je n’avais pas de solution miracle sous la main. J’aurais aimé savoir plus tôt qu’un problème qui dure mérite par moments un regard extérieur, surtout si les nuisances persistent. Moi, j’étais juste resté avec mon regret et mes bottes sales, devant un compost rincé qui ne chauffait plus.

Avatar de Paul Cordonnier
Signé