Brûlé mes tailles avant de savoir que le broyat valait de l’or au jardin

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Brûlé mes tailles avant de savoir que le broyat valait de l'or au jardin, regrets et renouveau en image photoréaliste

Le broyat frais collait encore à la pelle quand je l’ai étalé sur mes rangs, un samedi matin à quelques kilomètres d’Angers, dans le Maine-et-Loire. Habitué à rénover ma maison ancienne et mon jardin en autodidacte, j’ai été convaincu que ce geste ferait du bien tout de suite. Je ne savais pas encore que ce choix me coûterait un tiers environ de récolte en moins.

Quinze jours plus tard, mes salades pâlissaient et mes tomates restaient basses malgré l’arrosage du soir. Avec ma compagne et nos deux adolescents, on regardait les rangs sans comprendre, et je me suis retrouvé à douter du geste qui m’avait paru malin. L’odeur du bois vert me revenait déjà en tête.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas

Je suis parti d’une taille de haie faite en avril, avec des rameaux encore souples et des feuilles accrochées par paquets. La remorque débordait, et j’avais loué un broyeur pour 80 euros la journée, parce que je voulais aller vite. Les branches fines sont passées avec les grosses, sans tri, et j’étais sûr de moi. Le tas s’est rempli en une heure, puis j’ai étalé tout ça avant midi.

Je n’ai gardé aucune séparation entre les tailles. J’ai pris le broyat sortant du broyeur et je l’ai mêlé au premier centimètre de terre, avec un croc, comme si je semais un amendement banal. Le broyat de rameaux jeunes et fins, celui que beaucoup appellent BRF pour paillage, est pourtant resté frais, presque humide sous la main. Je n’ai pas laissé vieillir le tas, même trois semaines. Je voulais voir vite l’effet au potager, pas patienter.

Le lendemain, le sol sentait le bois vert, pas le terreau. Sous la couche, la terre semblait humide, mais les rangs avaient l’air fatigués. Les feuilles de laitue se sont mises à jaunir par le bord, puis les tiges ont ralenti net. Mes tomates ont gardé des feuilles pâles, et la croissance a cassé d’un coup.

C’est là que j’ai commencé à tourner autour du bac, les mains dans les poches. Je me suis demandé si j’avais mal arrosé, ou si une maladie s’était glissée dans la terre. Je voyais mes salades s’étioler comme si le sol leur volait leur énergie. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Je me suis senti idiot, mais surtout coincé, parce que je ne savais plus quoi accuser.

Trois semaines plus tard, la surprise et la facture qui m’a fait mal

Trois semaines plus tard, le bilan était net. J’avais perdu un tiers environ de récolte sur les salades et les tomates, et je me suis retrouvé à arroser plus plusieurs fois sans voir la moindre reprise. Chaque soir, je passais 18 minutes au tuyau, pour un résultat qui restait maigre. Le bac restait mou en surface, mais les plants ne bougeaient pas.

Les dégâts se voyaient à hauteur de genou. Quelques plants ont fini par sécher, d’autres sont restés jaunes du bout des feuilles jusqu’au cœur. La terre avait l’air fatiguée, tassée par endroits, comme si elle avait avalé le broyat puis fermé la porte. J’avais beau toucher la motte, elle ne racontait rien de bon.

La facture m’a piqué autant que les plants. La location du broyeur m’avait coûté 80 euros la journée, et j’ai remis 27 euros dans des plants de remplacement chez Gamm vert à Beaucouzé. J’ai encore passé deux soirées à chercher où j’avais dérapé, entre les sacs de terreau et le seau d’arrosage. Le temps perdu, lui, ne figurait sur aucun ticket.

Le plus rageant, c’était le geste de départ. J’avais brûlé des tailles qui auraient servi de paillage ou de matière à laisser vieillir, et je l’ai compris trop tard. J’ai littéralement mis le feu à une réserve d’or vert que je n’avais pas su reconnaître. Quand j’ai regardé le tas noir, j’ai eu l’impression d’avoir jeté du temps et du travail avec la fumée.

Ce que j’aurais dû vérifier avant de me lancer

Le problème venait du broyat frais, pas du jardin qui se serait mis à dérailler tout seul. Quand les rameaux sont jeunes, ils demandent de l’azote pour se décomposer, et le potager le sent aussitôt. La nourriture part d’abord dans le bois, pas dans les salades. Moi, j’avais mélangé cette matière au sol trop tôt, et les plants ont payé la note.

J’avais fini par lire une fiche du Jardin botanique de Nantes, puis j’ai comparé avec ce que je voyais chez moi. Ce qui m’a frappé, c’est le décalage entre la surface et ce qui se passait dessous. Le dessus restait humide, le dessous pompait, et les légumes n’avaient plus la ressource pour pousser. Je n’étais pas devant un manque d’eau, j’étais devant un sol déséquilibré par mon geste.

  • les feuilles pâlissaient par plaques, surtout sur les jeunes plants
  • le sol semblait humide au toucher, mais les tiges restaient molles et basses
  • l’odeur de bois vert montait dès qu’on soulevait la couche

J’avais aussi laissé le broyat collé à un plant de courgette, trop près du collet. La zone est restée sombre, humide, et j’ai vu des limaces s’y glisser le soir. L’écorce n’était pas belle, et un début de pourriture s’est montré au ras du pied. Là, je me suis dit que j’avais empilé deux erreurs dans la même poignée de broyat.

Quand un doute pareil s’installe, je ne joue pas les devins. Si tout le carré avait jauni d’un coup, j’aurais demandé un avis d’agronome ou de jardinier-conseil avant d’aller plus loin. Pour ce genre de sol qui part mal, je préfère passer la main plutôt que d’inventer un remède. Cette histoire-là dépassait déjà mon petit bricolage du week-end.

Le bilan que je tire et ce que je fais maintenant

Mon métier et mes essais pour rénover ma maison ancienne et mon jardin en autodidacte m’ont appris à trier avant de broyer. Je sépare maintenant les tailles fines des branches plus grosses, et je laisse le broyat en tas aéré, pas en masse compacte. Quand le tas chauffe un peu ou sent le bois fermenté, je sais que je l’ai enfermé trop serré. Je préfère lui laisser de l’air.

Je le garde ensuite en surface, jamais mélangé frais à la terre. Sur le potager, je l’étale à 5 à 10 cm, puis je le laisse faire son travail sans y toucher pendant 3 à 6 mois selon la saison. Sur les haies, les fruitiers et les allées, il me sert mieux que dans la terre nue. Le vent n’emporte plus tout dès qu’une couche un peu mince sèche.

Depuis ce raté, le sol reste plus meuble sous la couche, et j’arrose moins. Les herbes reviennent moins vite, et quand je soulève le paillage, la terre dessous reste fraîche alors que le dessus croûte. Le broyat vaut bien plus que le feu quand on lui laisse sa place. Pour quelqu’un qui accepte de le garder en surface et de patienter, j’ai trouvé que le jeu en valait la peine.

Quand je repasse devant le coin du jardin où j’avais allumé le feu, je pense encore au Gamm vert de Beaucouzé et à ces un tiers environ de récolte envolés. J’aurais voulu savoir que le broyat frais peut pomper l’azote. J’aurais aussi voulu savoir que le collet supporte mal le contact direct, et qu’une couche trop mince part au vent. Pour moi, cette leçon m’a coûté des salades jaunes et de la fumée.

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