Faut-il vraiment bâcher un tas de compost l’hiver dans l’ouest pluvieux ?

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Faut-il vraiment bâcher un tas de compost l'hiver dans l'ouest pluvieux ?

Bâche et compost collaient sous la pluie, et ma fourche a plongé dans une croûte noire, luisante, derrière la cabane à outils. Moi, Paul Cordonnier, j’ai fini par traiter ce tas comme un vrai petit chantier. Chez moi, près d’Angers, j’ai appris à mes dépens ce qui marche et ce qui bloque. Le vieux numéro de Terre Vivante traînait sur la brouette, mais c’est le tas qui a parlé. Je vais te dire dans quels cas cette méthode m’a aidé, et dans quels cas elle m’a déçu.

Le jour où j’ai compris que bâcher seul ne suffisait pas

Mon premier hiver, je suis parti avec une bâche posée à plat, les bords retenus par deux parpaings. Le tas faisait à peine 1 m de haut, et je pensais être tranquille. Deux grosses pluies ont suffi pour tasser le dessus, comme une galette sombre. Je me suis retrouvé avec une masse qui collait à la fourche.

Quand j’ai soulevé la bâche, j’ai été frappé par l’odeur. Ce n’était pas la terre du jardin, mais quelque chose aigre, presque de l’œuf cassé. Le dessus brillait comme du marc de café mouillé, et le fond du tas restait tiède. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Je me suis demandé ce qui manquait, puis j’ai regardé le contenu du bac. Beaucoup d’épluchures, presque pas de feuilles mortes, et un broyat trop fin gardé sous la main par flemme. J’ai compris, un peu tard, que couvrir ne rattrape pas un tas déjà mouillé. J’ai appris que la pluie ne pardonne pas les tas mal équilibrés.

Comment j’ai trouvé le bon dosage entre broyat et feuilles sèches sous la bâche

J’ai commencé par ajouter seulement du broyat. La surface gagnait un côté sable mouillé, plus propre au premier regard, mais ça gardait encore trop d’eau dessous. Après trois jours, le dessus formait déjà une pellicule compacte. J’étais sûr de moi. Je me suis trompé.

Les feuilles sèches ont tout changé. J’en mettais des brassées, ramassées derrière le noyer, puis je les mélangeais à la fourche sans tasser. Le tas gardait du gonflant, et l’eau passait moins en surface. Sur un coin laissé ouvert, j’ai vu la différence après 2 grosses pluies d’affilée.

Depuis, je vise une couche de 12 cm de matière sèche avant la bâche, jamais serrée comme un couvercle. Je la laisse posée, avec 18 cm d’air sur les côtés. C’est là que le compost respire encore. Si je tasse, je retrouve une pâte sombre, presque polenta, au lieu d’un mélange friable.

Le piège, c’est le broyat trop fin. Quand il est tassé, il se comporte comme un tapis qui boit l’eau et ferme la surface. Les feuilles, plus irrégulières, laissent passer l’air et cassent cette croûte. J’ai vu ça un matin de janvier, après une pluie fine qui avait duré 3 semaines.

Le jour où j’ai failli tout abandonner à cause d’un hiver trop humide

L’hiver suivant, je me suis retrouvé avec une semaine de pluie continue. La bâche, mal tendue, avait fait une poche d’eau au milieu. Quand je l’ai levée, le dessus était noir brillant et collant. Le reste du tas n’avait pas repris de chaleur.

Là, j’ai compris mon autre erreur. Le tas était déjà riche en épluchures, et je n’avais pas mis assez de sec entre deux couches. La bâche plastique plaquée au tas crée condensation et surface humide, luisante et glissante après quelques semaines. Sous mes doigts, ça avait la texture d’un sable collé.

J’ai tout rouvert au bout de 12 minutes, puis j’ai remis des feuilles et du broyat sur la zone molle. À ce moment-là, j’ai compris qu’un tas déjà trempé n’aime pas être enfermé. Je n’ai pas tout sauvé, mais j’ai évité qu’il tourne à la masse froide. Pour les cas plus lourds que le mien, je laisse le calcul du toit ou de l’abri à un charpentier.

Ce que je fais aujourd’hui selon mon profil et mes contraintes familiales

Aujourd’hui, avec ma compagne et mes deux ados, je vise la simplicité. Le jardin n’est pas grand, le budget reste serré, et je n’ai pas envie de passer ma soirée à brasser du lourd. Une bâche bien posée me prend moins de 20 minutes, et je préfère ça à un montage compliqué qui se déchire au premier coup de vent. Mon rythme, c’est un tour de fourche tous les 14 jours quand la pluie insiste.

Cette méthode marche bien chez moi quand le tas reçoit beaucoup de déchets de cuisine et qu’il est exposé à l’ouest. Je pense à ceux qui ont un coin de jardin humide, un compost de 1 m, et 2 seaux de matières brunes sous la main. Là, le mélange feuilles sèches plus broyat garde une forme qui se reprend vite au printemps. Le cœur reste vivant, et la surface ne devient pas une boue luisante.

Je déconseille cette façon de faire aux tas minuscules, presque secs, ou aux composteurs sous un toit qui coupe déjà la pluie. Là, la bâche rajoute une fermeture de trop. Je la déconseille aussi à ceux qui ne veulent jamais lever un bord et vérifier la surface toutes les 3 semaines. Sinon, la couche se matelasse et l’air ne passe plus.

J’ai testé un toit simple en bois, posé sur quatre poteaux, et un coin sous la haie. Le toit m’a plu, mais il demandait plus de bois, plus de temps, et un montage propre. Sous la haie, le tas restait discret, mais il prenait trop les feuilles mouillées. Au final, je garde la bâche souple, posée haut, parce qu’elle me laisse un contrôle que les autres solutions m’ont pris.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

POUR QUI OUI : je la garde pour un foyer de 4 personnes, un jardin moyen, et un tas qui reçoit des épluchures chaque jour. Elle fonctionne bien si tu acceptes de lever la bâche, de remettre 12 cm de sec, et de retourner au moins une fois par mois. Elle marche aussi pour quelqu’un qui a un budget de 47 euros pour la bâche et préfère éviter les jus bruns au pied du tas.

POUR QUI NON : je la déconseille à quelqu’un qui veut un compost posé sur 30 cm de matière sèche et jamais touché de l’hiver. Je la déconseille aussi à un petit jardinier qui remplit un bac de 20 litres avec trois pelures et un peu de marc, puis attend un miracle. Même chose pour celui qui a déjà un abri sec et qui ne veut pas surveiller la bâche après chaque grosse pluie.

Mon verdict : je garde la méthode, mais seulement avec une bâche posée lâche, des côtés ouverts, et une vraie couche de feuilles et de broyat dessous. Quand je m’y tiens, je retrouve au printemps une matière souple, sans odeur aigre, presque comme sous les bordures du Jardin des plantes d’Angers. Quand je m’entête à serrer la bâche, je retombe sur la croûte noire qui colle à la fourche, et je sais aussitôt que j’ai perdu la main.

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